Villa Kujoyama

M.O : Ministère des Affaires Etrangères - AFAA - Association Française d'Action Artistique / Etude Kyoto / 1997

Lauréat 1996 de la Villa Kujoyama section architecture
En résidence à Kyoto – 96/97


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MUTATIONS

A court terme, les changements des structures familiales et l’apparition de nouveaux matériaux, objets et dispositifs techniques pourraient profondément modifier l’espace du logis et par là même les symboles qui s’y rattachent.

Remue ménage

La possibilité de transformer l’espace de son logement, comme l’explique le sociologue Pierre Merlin, est un thème pertinent qui mériterait d’être à nouveau développé. (1)
En fait, la notion de flexibilité est aussi ancienne que le logement lui-même et ce ne sont guère que les deux derniers siècles qui, en occident, ont fait de la rigidité la règle. 
Jusqu’au XVe siècle, en France, les pièces d’habitation (la salle et la chambre) sont des espaces polyvalents dont le mobilier seul détermine la fonction. Dès le XVIe siècle, l’affectation des pièces peut varier suivant la saison et le mobilier est réellement mobile.
Au Japon, la distribution traditionnelle du logement rural, modèle dominant jusqu’à la dernière guerre, se caractérise par la quasi-absence de fonction fixe attribuée à telle ou telle pièce, et l’utilisation d’un système de partition mobile (fusuma) renforce cette liberté d’usage.

Or, il est désormais possible techniquement, de concevoir des espaces largement adaptables et libérés de certaines contraintes (fluides, réseaux). 
Aux planchers épais dits « techniques », qui permettent un positionnement libre des zones à raccorder entre niveaux, s’ajoutent des systèmes de sols et cloisons conducteurs de basse et moyenne tensions qui éliminent de fait la fixité de l’appareillage électrique.

En ce qui concerne le contrôle des transparences et des opacités, déterminant dans l’élaboration du statut des espaces, on voit apparaître, notamment au Japon, de nouveaux produits verriers de haute technologie.
Le vitrage photochrome, dont la teinte se densifie suivant la luminosité ambiante, ainsi que le vitrage à cristaux liquides qui passe instantanément de l’opalescence à la transparence sont déjà commercialisés.
Dernier né, mais encore au stade de prototype (2), le vitrage « actif » électrochrome permet le contrôle instantané de la densité chromatique par commande électrique.

Chez soi, ailleurs

Dans un autre registre, on peut s’interroger sur l’impact spatial de l’introduction de l’informatique domestique (réseau internet, multimédia) qui tend à faire du logis une sorte « d’antichambre du monde », à la mode virtuelle : des combinaisons cybernétiques munies de visiocasques à images relief permettent désormais, chez soi, de s’immerger dans un monde créé ou reproduit par ordinateur.
Avec les nouveaux écrans TV (3) dont la conception rend dès lors possible le grand format sur une épaisseur réduite à quelques centimètres, le meuble « télévision » rend l’âme au profit d’un « plan image » qui, à terme , pourrait devenir mur, cloison, élément de la partition spatiale.

Nouvelles règles du jeu distributives, nouveau rapport intérieur / extérieur, mobilités, transparences, images, réseaux, autant de données qui sont prétexte à invention d’espace singuliers.
Volumes neutres à l’intérieur desquels s’organisent en deux ou trois dimensions les microcosmes domestiques voués aux désirs (honne) de chacun.

Meubles-cuisine, meubles-bain, meubles-lits (héritage du lit à baldaquin ou … des capsules hôtels), aux formes organiques.

Espaces plus « zen », mêlant transparences et émulsions lumineuses, découpés de plans amovibles ou de paravents high-tech (vitrages actifs, images TV) …

Unité suréquipée, lieu d’un agir sur le monde ouvert à la diversité, ce logis en mutation annoncerait-il une nouvelle symbolique tout aussi intense qu’étrangère à celle de cette antique culture domestique « du feu dans la cheminée, de la croix sur le gros pain » ?

Renaud Djian – Villa Kujoyama, Kyoto, 1996.

1) Note de 1996 : diversification des modes de vie et notamment complexification du cycle de vie familiale due à l’augmentation des divorces et des séparations

2) Note de 2011 : Saint-Gobain a lancé en novembre 2010 la production de vitrages photochromes grands formats (jusqu’à 3m2) ouvrant ainsi la voie à une utilisation plus large dans le bâtiment (notamment dans son application bioclimatique)

3) Note de 2011 : bientôt supplantés par les dalles souples OLED ou PHOLED  (organic/phosphorescent light emitting diodes) beaucoup plus minces et de surcroît plus économes en énergie.

Illustrations : la villa Kujoyama à Kyoto / Kunio Kato architecte.