Concours d'urbanisme "Couleurs de la vie, couleurs de la ville"

M.O : Ministère de l'Equipement, du Logement, du Transport et de la Mer / Maîtrise d'Oeuvre La Courneuve (93) / 1992 / avec Ramin Nahid architecte

Projet lauréat 1990


Expositions : CCI – Centre Georges Pompidou, Paris, mai-juin 1990
Ecole d’Architecture de Lyon, octobre 1990

Publication : 
« Urbanismes » n°243, janvier 1991

La Courneuve. Les Quatre Mille. Barres et tours des années soixante. Visibles de loin. Comme une erreur architecturale. Refus.  Regards sans regard. Opposition sans savoir la rencontre qu’est cette opposition. La ville intra-muros se croit centre encore sans sa banlieue destroy pour la cristalliser. Telle Brasilia qui se voulait sans bidonvilles. Et les français vrais-de-souche qui tirent sur les enfants beurs de leurs fenêtres sans savoir que leur exaspération est leur existence même. Tel le blanc qui se voudrait sans couleur.

Re-garder
Décider de garder l’autre comme autre.

Regardant
Quand l’erreur visible de loin paradoxalement permet de voir loin. Ascenseurs et passerelles. Verticalement, voir la sédimentation horizontale multicouche devenue opaque à son gigantisme oublié. Belvédère. Promontoire pour bien voir l’erreur de la ville qui naïvement se croirait plus centre sans périphérie, proportion sans démesure, harmonie sans déraison. Cinéma : voir voir les autres, ceux qui font et ceux qui regardent les films, pour retrouver la distance quand la lumière sait l’opacité nécessaire à son jeu.

Garder
L’urbanisme qu’on refusait dont la réhabilitation-transformation n’est qu’un timide assassinat. Et le regard de ceux qui, dedans ou dehors, l’ont toujours rejeté. Instauré le regard des regardés devenus regardants, au secret des percements du coupe-vent métallique perforé ou exhaussé sur le belvédère dont la table d’orientation rend lisible la ville proche qui se refuse. Tentée la réciprocité : en s‘offrant aux regards les regardés devenus regardants offrent aux regardants devenus regardés le croisement d’une double acceptation. Toit pont balisé de mâts lumineux, toit cinéma qu’annoncent ses enseignes néons, toit maquis pour inventer l’errance la perte et la rencontre, le regard instauré n’est pas provocation mais opposition maintenue : tout est gardé pour que chacun, monté sur les toits, sache re-garder.


J.B. Liger-Bélair